A tâtons, 1946
SOUPE
À gauche du canot dont on tire des sons harmonieux
bêle un monticule couronné d’une aile battante
et l’air qu’elle brasse gémit
plante saisonnière condamnée par le mois en r
enduit de confiture des pieds à la tête
Une lance haut brandie trace une souple ligne blanche
qui brûle l’esprit des morts
à jamais balayés des vivants sarments de rire
Quand le soleil fera jaillir les pierres des ruisseaux passés en
revue
nous compterons les regards que les fleurs de fumée
jettent aux passants qui n’en ont pas
l’ayant perdu dans un désert
à la poursuite d’une vapeur de champagne
tic-tac d’une montre sans aiguilles
marquant un temps sans saison
bâtissant des robes pour des ombres
frissonnant dans un vent visqueux qui s’oubliait à les
envelopper jusqu’à les perdre de vue